Les réseaux sociaux apportent aujourd’hui un relais non-négligeable à l’extrême droite, par le biais de leurs algorithmes dont profite le parti nationaliste, « L’extrême droite elle a compris qu’elle pouvait optimiser les algorithmes », explique Alexandre. Les algorithmes, TikTok, X ou encore Instagram, sont les vecteurs de cette nouvelle communication qui offre une large visibilité. Autre avantage de ces réseaux, c’est qu’il touche principalement les jeunes, « L’extrême droite est présente depuis longtemps, le but du Rassemblement national c’est d’avoir de plus en plus des jeunes. L’extrême droite a vu que les algorithmes étaient une force ». La cote de popularité du Rassemblement National à l’approche des prochaines élections présidentielles de 2027 est-elle directement corrélée aux algorithmes ?
Émotions, peur, contenus clivants, voici comment se nourrit l’algorithme des réseaux sociaux (un système automatisé, conçu pour filtrer, organiser et hiérarchiser les contenus à montrer à chaque utilisateur.). Et l’extrême droite en profite. En effet, comme l’a confié Alexandre*, informaticien, « l’extrême a compris qu’elle pouvait optimiser les algorithmes. C’est la vitrine parfaite pour partager leur idéologie. Puisque l’algorithme réseau social te force à rester sur les plateformes pour consommer, consommer, consommer un maximum de contenus qui entraîne de la récompense pour l’utilisateur, qui l’incite ensuite à rester encore plus longtemps sur les plateformes (ce qui développe ensuite la Dopamine, l’hormone du plaisir) ».
*Le prénom a été changé pour respecter l’anonymat de l’intervenant
La récompense comprend le nombre de likes, les commentaires, les partages, le nombre d’abonnements qui augmentent et enfin les hashtags
ou les mentions. Cette énumération on peut la résumer en un seul terme : l’engagement. Et l’algorithme en cherche un maximum pour optimiser cet engagement en le poussant à son paroxysme, peu importe le contenu qui y est diffusé. Les fakes news en sont les exemples parfaits. Selon une étude du MIT, « les fausses informations ont 70 % plus de chances de n’être retweeté que les informations véridiques. De plus, il faut environ six fois plus de temps aux informations véridiques pour atteindre 1 500 personnes qu’aux fausses informations pour atteindre le même nombre de personnes. ».
Cependant, il n’est pas encore prouvé que les contenus à fortes émotions ressortent en priorités dans les fils d’actualité comme le dit très justement Mathieu*, professeur de mathématiques : « À l’heure actuelle on ne peut pas démontrer que les contenus clivants ou polarisants ont une probabilité plus importante d’apparaître au sens mathématique. Toutefois, on observe que dans beaucoup de cas, la probabilité que ce genre de contenu apparaisse est plus importante. On parle alors de démonstration ou de preuve conditionnelle. ». Et cette forte réaction, c’est ce qu’ont vocation à susciter les discours de l’extrême-droite, l’immigration.
*Le prénom a été changé pour respecter l’anonymat de l’intervenant
Les trois principales plateformes pour relayer des contenus à fortes réactions sont : X, Instagram et TikTok. Trois réseaux sociaux qui « possèdent leur propre algorithme. L’algorithme de TikTok a pour but de te garder, toujours de la récompense, récompense, récompense. », explique Alexandre. Un algorithme que la RN a vite compris et utilisé, « Ils ne sont pas présents n’importe où, ils sont présents sur TikTok » puisque 40% des visiteurs de TikTok ont entre 15 et 24 ans. Alexandre précise, « aujourd’hui, ce sont 2h42 pour les moins de 24 ans sur TikTok, alors qu’en Chine c’est seulement 30 minutes ».
Autre avantage de TikTok pour le RN, les contenus diffusés sur la plateforme sont aléatoires et varient selon les performances des vidéos. N’importe quel compte, même inconnu, peut devenir viral en quelques jours. « En Roumanie un gars inconnu au bataillon, pendant deux semaines il a été martelé sur TikTok et il est passé au premier tour des élections présidentielles. Sauf que l’UE a dit qu’il y avait un problème. Et il a été reconnu qu’il y a eu une ingérence de la part de TikTok », explique Alexandre, « Il est évident que l’extrême droite est privilégiée par les algorithmes ».
L’algorithme du groupe META, qui possède Instagram et Facebook, est différent, « il va se baser sur tes amis, sur les choses que tu as liké, commenté, cliqué. Le but c’est de toujours, toujours, toujours de consommer, de créer du trafic. » commente Alexandre. « Autre élément intéressant que l’algorithme exécute, c’est lorsqu’on suit quelqu’un (en ami), cette personne est abonnée à une page sur le football. Vous en tant qu’ami qui ne suit pas le football vous êtes susceptible d’avoir ce type de contenus ». La récente arrivée des Réels sur Instagram et Facebook est une nouvelle flèche à l’arc de communication des idées d’extrême droite. Sachant que 76% des 16-25 ans sont déjà présents sur Instagram.
Quant à X, anciennement Twitter, depuis son rachat en 2022 par Elon Musk, on note une forte hausse des discours haineux : selon le centre d’analyse de la haine numérique les insultes homophobes sont en hausse de 40%, les insultes racistes de 200% et les insultes antisémites de 60%. Une autre étude menée par la revue scientifique Nature a prouvé que l’algorithme de X depuis 2023, favorise les contenus dit « conservateurs » et relègue au second rang les médias traditionnels.
Pour limiter l’algorithme ou du moins tenter de réduire les contenus dits extrêmes, des solutions existent comme l’explique Mathieu, « on peut utiliser les outils issus des statistiques : moyenne, lissage de la moyenne, variance, entropie, … L’idée étant de limiter au maximum les contenus dits « extrêmes ». ». Il serait donc possible, en retravaillant l’algorithme, de le modérer légèrement. Car il faut le rappeler certes l’algorithme est une machine mais c’est l’humain qui en est à l’origine donc l’humain peut le modifier.
L’extrême droite représentée par le Rassemblement National en France profite bel et bien du biais algorithmique. Pour diffuser un maximum de contenus en leur faveur et influencer le plus possible par les réseaux sociaux les jeunes ou même les personnes apolitiques à se rallier à leur cause. « Ce ne sont pas les idées mais les réseaux sociaux qui sont devenus le vecteur de leur propagande », conclut Alexandre. Il ne faut pas confondre idée politique et divertissement sur les réseaux sociaux.
« J’ai choisi de faire une infographie sous forme de diagramme circulaire pour mettre en avant le temps que passent les personnes sur les réseaux sociaux que sont X, Instagram etTiktok. Et cela suivant leur tranche d’âge pour bien montrer le taux de présence des jeunes sur Tiktok par exemple à contrario de X. »
FOUQUET Thomas
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