De youtubeuse beauté à créatrice de contenu militante, Mélissa Amneris Candelier raconte les conséquences de la transformation de sa persona en ligne. Harcèlement, pertes financières,…
Née en France en 1998, Mélissa grandit en banlieue parisienne dans un milieu de classe moyenne inférieure. Pendant son enfance, sa mère, d’origine chilienne, était à l’université et cumulait des petits boulots. Son père, franco-marocain, était lui agent de sécurité. Après des études en communication, elle est désormais créatrice de contenu et journaliste-pigiste pour différents médias.
Mélissa considère avoir toujours été féministe avant même de savoir ce que c’était. Elle explique avoir grandi avec une mère et une grand-mère paternelle qui le sont dans leur façon d’être. C’est seulement pendant sa vingtaine qu’elle met un mot sur son engagement. «Le féminisme est un mouvement philosophique, politique et social qui lutte contre le patriarcat et qui vise à l’émancipation des femmes. C’est plus complexe qu’un homme est égal une femme. » Selon la créatrice de contenu : « Il faut parler de féminisme au pluriel». Il y a différentes façons de définir le féminisme donc tout le monde ne peut pas être d’accord ensemble.
La jeune femme se lance sur les réseaux sociaux en 2018 avec un contenu beauté. «J’ai commencé à 20 ans, je postais du maquillage en ne publiant que mes yeux. J’avais honte d’avoir un compte. Après, ça a muté et je suis devenue makeup artiste sur ma chaîne.» explique-t-elle. «C’est beaucoup plus intéressant aujourd’hui de parler de maquillage et de mode surtout quand on est une femme sur les réseaux sociaux. Autant pour l’argent que pour les vues» ajoute Mélissa. L’algorithme va plus facilement mettre ses sujets en avant dans nos fils d’actualité, ce qui va permettre au créateur d’avoir plus de vues et de gagner des contrats avec des marques.
En 2020, beaucoup profitent du confinement pour se lancer sur les réseaux sociaux pendant que Mélissa perd le rythme et délaisse les siens. En 2023, elle décide de donner un nouveau cap à son compte Instagram. Forte de ses valeurs personnelles, elle n’hésite pas à prendre la parole en story pour partager son avis sur des sujets sociétaux. La dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 mène à des législatives anticipées. Le Rassemblement National arrive en tête avec un score inédit de 32% des voix pour le 1er tour. Ce résultat lui ouvre les yeux sur l’urgence de se positionner contre l’extrême-droite. Depuis ce changement de contenu, elle travaille seule, sans agence ni manager. Déjà approché par certaines agences dont Follow Prod, lorsqu’il était sujet de sa parole sur les faits historiques du féminisme sur les réseaux, les agences se rétractent. «C’était : tu arrêtes totalement de parler de çà et là, oui, c’est possible de signer» explique Mélissa.
Ses publications ont un seul objectif, vulgariser des concepts et théories sur des sujets sociétaux pour les rendre accessibles à tous. En s’intéressant aux droits des femmes, elle a compris une chose : «La déclaration des droits de l’homme ne concerne pas les femmes, ce n’est pas un grand H comme on a pu me le dire quand j’étais petite». C’est ce sujet qu’elle veut mettre en avant en priorité.
Grâce à sa notoriété et sa crédibilité obtenue sur les réseaux sociaux, Mélissa a obtenu un emploi de journaliste pour quelques médias sur des sujets politiques et sociétaux. Depuis le 12 février, elle présente notamment l’émission de l’Humanité “Scroll” sur la plateforme de live streaming Twitch, en binôme avec la journaliste Mathilde Gros. Dans ce long format, elles parlent d’images devenues virales sur les réseaux puis décryptent leur impact dans la lutte pour la justice sociale.
Avec la publication d’au moins un post par semaine, la créatrice de contenu doit prévoir ses contenus à l’avance. Son inspiration vient avant tout de son quotidien : «La politique c’est partout, donc il suffit de vivre pour avoir des idées qui viennent.» Son métier c’est sa passion, parler de sujets sociétaux ce qui l’anime. Carnet et crayon à la main, elle réalise une veille sur les réseaux sociaux pour trouver des sujets. Regarder des documentaires, lire des sources, c’est ce qu’elle aime faire. Ces habitudes-là lui permettent de mieux comprendre la société dans laquelle on évolue et aussi élargir son point de vue ou bien l’ancrer dans ses convictions. Même si elle réalise ces vidéos toute seule, Mélissa n’hésite pas à consulter des personnes de son entourage pour avoir un avis d’experts. Cela lui permet ainsi d’avoir une pluralité d’esprits sur les sujets qu’elle traite.
Le compte Instagram de la jeune femme a vu son évolution politique et sociologique mais elle, elle a aussi constaté un changement dans ses followers. Elle fait part d’un chiffre marquant : «90% d’hommes me suivaient» lors de sa période de modéliste. Des profils qui sèment le doute, «Je pense que c’étaient des hommes qui me suivaient pour des mauvaises raisons même si c’était des photos postables sur les réseaux» , explique-t-elle. Inverser cette tendance était un challenge pour elle. Elle a réussi à le relever avec 55% de femmes dans ses followers.
Cependant, ce changement de ligne éditoriale n’était pas aux goûts de tout le monde. Certains de ses partenariats ont décidé de couper court à leur collaboration avec elle après son appel à voter contre l’extrême droite aux législatives. Quelques marques ont arrêté de l’inviter à leurs événements ou bien de lui envoyer des vêtements. «Il n’y pas de mails officiels, les marques disent juste qu’on ne correspond plus à leur image».
Comme beaucoup de créatrices de contenus, elle subit quotidiennement des violences en ligne voire du harcèlement. Elle n’hésite pas à dévoiler les commentaires haineux qu’elle reçoit, qu’ils soient sexistes, racistes ou bien les deux, en les republiant. «J’ai dû interdire le mot Onlyfan de mes commentaires, car les personnes disent que je serais bonne qu’à faire ça» ajoute-t-elle.
Récemment, Mélissa a été victime de doxing* : «J’ai été fiché sur des sites masculinistes avec mon nom, prénom, liens vers mes réseaux et ce dont on est accusé.» Avoue-t-elle. On lui reproche d’éprouver de la haine contre les personnes de sexe masculin, basé sur son contenu sur les réseaux sociaux. «C’est des appels à la haine même si eux disent que non.»
Lors de ses débuts sur la plateforme de streaming Twitch, sa chaîne a été la cible de raids néonazis. Un groupe de robots ou de personnes envoie à la seconde même des messages à une personne. Des robots ou des personnes s’organisent pour envoyer à la seconde même des messages à une personne. Elle reçoit ce message : «Hitler va reprendre la France». Puis un raid de zemmouriste à la suite d’une chronique pour la radio Le Mouv’.
A l’occasion de la Saint-Valentin, elle raconte à l’antenne une mésaventure à propos d’un homme qu’elle a fréquenté : «Je me suis rendu compte au bout d’un certain moment qu’il avait voté Eric Zemmour. La situation était comique car mes engagements politiques sont publics». En à peine une heure, la jeune femme a reçu quasiment 200 commentaires de «Vive Zemmour» ou «Vive la France».
*Terme anglais qui désigne l’acte de divulgation de données personnelles sur Internet.
Durant l’été 2025, Mark Zuckerberg annonce dans un communiqué la mise à jour des conditions générales de Meta pour le mois d’octobre. Cette modification est la réponse à la nouvelle réglementation sur la transparence et le ciblage de la publicité politique de l’Union européenne. Ce changement vise à interdire des prises de parole politique des utilisateurs sur les réseaux sociaux appartenant à Meta. Les partis politiques et les élus peuvent continuer à utiliser les plateformes, mais ne peuvent plus sponsoriser de publications en lien avec leur activité.
Quant aux créateurs de contenus engagés, leurs publications ne sont plus mises en avant et les sponsorisations sont désormais interdites sur les enjeux sociaux ce qui tend à faire fuire les marques avec lesquelles ils peuvent travailler.
« Mélissa Amneris propose du contenu engageant sur les réseaux sociaux depuis maintenant plusieurs années. Grâce à cela, elle s’est fondée une communauté d’une centaine de milliers de personnes. Mais quel est son impact sur ses followers ? Pour comprendre son influence, plongez vous dans un podcast avec deux de ses followers. »
BOINOT Maëlle
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